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8 juillet 2026

Le journal →

Inflation créative

Depuis l’arrivée du vibe coding et des interfaces générées, un phénomène nouveau répand une inflation créative qui fonctionne comme l’inflation monétaire : quand la masse en circulation explose, chaque unité perd de la valeur. La capacité de production a été multipliée par cent, donc chaque production vaut cent fois moins. Rien de nouveau au fond. On se souvient de la PAO des années 90, où tout le monde s’imaginait graphiste, et de WordPress, qui a fait croire à beaucoup qu’ils étaient webdesigners. À chaque fois, le même cycle : euphorie, saturation, puis migration de la valeur vers ce que l’outil ne sait pas compresser — à part des boîtes de soupe.

Des canettes de soupe "Code Soup" affichent des visages stylisés aux couleurs vives, illustrant l'impact de l'inflation créative liée à l'IA

Reste une nuance qui change tout. Le slop tient davantage à la personne qui produit qu’à l’outil qu’elle utilise. L’IA ne condamne pas au générique : bien maniée, elle permet au contraire d’être plus précis, de creuser un sujet et de fabriquer un contenu bien plus spécifique qu’avant. La différence se joue dans l’intention et dans la finesse de la demande.

Sur la génération d’images, l’écart saute aux yeux. Un prompt paresseux comme « un chat mignon » produira mille visuels interchangeables. Comparez avec une demande travaillée : « un chat roux tigré assis sur le rebord d’une fenêtre parisienne, lumière rasante de fin d’après-midi, reflets sur les toits en zinc, objectif 85 mm, profondeur de champ courte, grain argentique léger ». Ou encore : « affiche de style constructiviste russe, deux couleurs seulement : rouge et noir sur papier crème, typographie géométrique, ouvrière tenant une clé à molette, composition en diagonale, texture d’impression usée ». Plus la contrainte est précise, plus le résultat s’éloigne du tout-venant.

C’est passionnant, mais pour qui ?

Le tableau de bord du commercial existe déjà dans le logiciel que l’entreprise paie chaque mois — personne n’avait ouvert le bon menu. Personne n’ouvrira l’app de Kevin parce que le développement n’est pas son cœur de compétence ; personne ne prendra le risque d’intégrer son machin agentique à ses processus de production. Manque de pérennité, absence de suivi.

L’outil codé en un week-end fonctionne en démonstration ; six mois plus tard, les données de l’équipe vivent dans une application que personne ne maintient ni ne sauvegarde, et son auteur a changé de service ; une démonstration qui tourne et un système qui tient dans le temps sont deux choses différentes ; la valeur se déplace vers l’arbitrage, l’intégration dans un contexte métier réel et la garantie de fonctionnement dans le temps. Quand tout le monde peut produire, la question n’est plus « qui peut le faire ? » mais « qui répond de ce qui est fait ? ».

Développeur observant plusieurs tableaux de bord numériques en noir et blanc, illustrant l'automatisation et la surveillance des systèmes en fonctionnement


Tendance qui sera supplantée, comme les précédentes

Bientôt, la valeur passera de « je peux créer X » à « je fais tourner X de manière fiable ». C’est un métier d’exploitation, pas de création, et beaucoup d’apps Slop démo foutraques n’y survivront pas. Quand la production ne prouve plus rien, la garantie, l’audit et la conformité deviennent les différenciateurs. Le règlement général sur la protection des données et le règlement européen sur l’intelligence artificielle, accélèrent ce mouvement. Parce que quand tout sort des mêmes modèles avec les mêmes esthétiques par défaut, la direction délibérée redevient visible – le mécanisme qui a fait remonter le vinyle après le MP3.

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